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Abordez le sujet de la protection de la sphère privée et vous aurez de fortes probabilités d'entendre les réactions du genre "Moi je n'ai rien à cacher, donc je ne suis pas concerné" , ou ceux qui pensent que le combat pour la préservation de ce droit est d'ores et déjà perdu car "Ils savent déjà tout de nous" sans vraiment préciser à qui "Ils" fait référence: les gouvernements, les entreprises, les politiques, tout dépend de la façon dont la conversation a été amenée.

Cette manière de (ne pas) considérer la notion de sphère privée, autrement dit du droit à sa propre intimité, est doublement dangereuse. Premièrement, parce qu'elle sous-entend que seules les personnes qui ont quelque chose à cacher ou à se reprocher se soucient de protéger leur vie privée. Ce qui n'est à l'évidence pas vrai mais constitue simplement la conclusion logique à la réaction citée précédemment. Deuxièmement, et beaucoup plus insidieusement, cette façon de penser implique l'acceptation du fait que nos vies soient constamment surveillées. Respectivement que la surveillance ne pourrait éventuellement être supprimée qu'une fois les "dissidents" ramenés à une conformité définie par ceux qui exercent le pouvoir. 

Dans le monde du business et pour les dirigeants d'entreprises, la protection des données s'apparente souvent plus à une entrave aux affaires qu'à un sujet digne de leur considération. Et pourtant, ils ont à l'inverse tout à gagner à développer une relation commerciale basée sur la confiance et la transparence avec les Clients.  

Un droit fondamental

Peut-être avons-nous, citoyens du monde,  déjà oublié pourquoi en 1948 les 58 Etats membres des Nations Unies ont adopté la Déclaration universelle des droits de l'Homme instituant que "Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes à son honneur et sa réputation." (Article 12). Ou encore la liberté d'opinion et d'expression à son article 19.   Ces droits ont par la suite été renforcés dans la Convention Européenne des Droits de l'Homme. Au sortir de la seconde guerre mondiale, il apparaissait évident que le mépris des droits humains avait conduit à des actes d'une invraisemblable barbarie et qu'il fallait une compréhension commune des libertés fondamentales pour que les êtres humains puissent vivre en paix. 

Le développement fulgurant des moyens de communication électroniques constitue une menace pour nos droits fondamentaux.
— Earl Warren, 14th chief justice of the United States (1953-1969)

 Au delà de l'aspect visionnaire de cette citation de l'époque, considérons les quelques exemples suivants plus proches de notre actualité:

  • Votre banquier n'a pas correctement protégé les informations vous concernant et vos données personnelles  se retrouvent disponibles à tout à chacun sur Twitter (état de fortune, situation familiale, employeur(s), revenus, prêt hypothécaire, fonds propres investis et adresses de vos biens immobiliers par exemple). Soudainement, vous vous mettez à craindre pour votre patrimoine ainsi que pour la sécurité de vos proches en cas de cambriolage.
  • La clinique dans laquelle vous avez réalisé votre opération de chirurgie esthétique s'est fait voler toutes les photos de ses patients et fait  l'objet d'un chantage des cybercriminels. Ayant refusé de payer la rançon demandée par les hackers, ces derniers changent de cibles et vous menacent de publier vos photos de nudité sur Internet.
  • Bien que vous n'ayez jamais consenti à la chose, un mouchard dissimulé dans votre téléviseur renseigne l'opérateur télécom sur toutes les programmes que vous regardez. Ces données sont ensuite revendues à des tiers pour de la publicité ciblée. 
  • ...Un chef d'Etat pense qu'il est juste d'interdire l'entrée de son territoire à tous les musulmans en provenance de certains pays. Des inquiétudes s'élèvent pour dénoncer l'utilisation de bases de données visant à identifier tous les musulmans. (Depuis, il semble que les pages concernées aient été "déplacées").

A mes yeux, le renforcement des lois de protection des données devrait être accueilli positivement par les citoyens que nous sommes tous. La méconnaissance de nos droits en la matière, cumulée à l'insouciance avec laquelle beaucoup publient tout et n'importe quoi sur les réseaux sociaux, ont incité de nombreuses entreprises à collecter à large échelle des données personnelles sans forcément avoir un but de traitement précis. Mais aujourd'hui ces données pourraient bien se retourner contre elles. 

 

Comprendre vos droits

Les notions telles que le consentement au traitement de ses données (et de son retrait), ou du droit d'accès aux informations nous concernant, ou encore le fait de pouvoir faire rectifier des données inexactes font partie de notre droits fondamentaux. Encore faut-il savoir en quoi ils consistent et comment ils peuvent être exercés. Pour en savoir plus, je recommande une visite du site très interactif et fort bien fait de la CNIL.
(évidemment, c'est valable pour les citoyens français, mais les principes généraux restent valables pour les p'tits Suisses).

Et pour les entreprises ?

Evidemment que les droits des uns sont des obligations pour les autres! Mais pas uniquement. L'évolution des technologies de communication sont sources d'opportunités pour tous les segments économiques. Bien maîtriser son patrimoine informationnel, c'est également se différencier de la concurrence et offrir une meilleure expérience à ses clients. 

Pour en savoir plus, lire mon post sur la gouvernance des données en entreprises

 

Si vous êtes arrivés jusqu'à la fin de cet article, j'en déduis que le sujet vous a quelque peu intéressé... Alors je vous recommande de prendre le temps de visionner la brillante intervention de Glenn Greenwald lors du TEDGlobal2014. Ce journaliste s'est beaucoup engagé pour expliquer l'affaire Snowden et a même publié un livre sur le sujet. Dans son allocution, il démontre la nécessité de se battre pour conserver le droit à la sphère privée.